Volume 13 • 2026 • Numéro 4

Des radiographies périapicales et panoramiques de suivi, obtenues en mars 2026, confirment la cicatrisation complète des sites opératoires, des niveaux osseux solides et et une résorption radiculaire stabilisée (fig. 5 et 6). La chirurgie orthognathique a été évoquée comme possibilité future si la patiente souhaite corriger le déséquilibre squelettique résiduel. Analyse La distribution de la résorption constitue l’un des aspects les plus instructifs du présent cas. La RRAE associée à des forces orthodontiques touche généralement des dents soumises à une charge mécanique active. Le plus souvent, il s’agit des incisives maxillaires. Dans le présent cas, les dents les plus gravement atteintes étaient les deuxièmes molaires mandibulaires, qui n’avaient pas d’attache orthodontique et qui n’étaient pas soumises à un champ mécanique direct. Ce phénomène constitue la signature clinique de la résorption associée à un kyste : une pression inflammatoire chronique exercée par une lésion en expansion provoquant une activité ostéoclastique au niveau des surfaces radiculaires adjacentes, indépendamment de toute force appliquée. Cela ne signifie pas que les forces orthodontiques n’ont pas joué de rôle. La susceptibilité génétique, y compris les polymorphismes au niveau des médiateurs inflammatoires, tels que l’IL-1β, a probablement contribué à la morphologie irrégulière généralisée des racines observée au départ. Mais la résorption marquée relevée sur les dents sans attache orthodontique, qui est adjacente aux lésions kystiques et qui a été confirmée par l’examen histopathologique, laisse présager que les kystes ont joué un rôle prédominant dans ce cas-ci. Les praticiens doivent reconnaître ce schéma; lorsque la résorption survient à des endroits inattendus, la question n’est pas seulement de savoir « quelle est l’intensité de la force? », mais aussi « existe-t-il un processus pathologique qui n’a pas été entièrement pris en compte? ». La présentation clinique du cas à l’étude – un gonflement buccal important, douloureux et fluctuant découvert lors d’un rendez-vous de contrôle – rappelle qu’une pathologie odontogène est souvent mise au jour dans le fauteuil d’un dentiste généraliste et non pas aux urgences. Un calendrier de contrôle trimestriel, instauré précisément en raison du risque élevé de carie de la patiente et de son observance thérapeutique déficiente, a permis de mettre en évidence ce problème au moment opportun. Si la patiente avait eu un calendrier de contrôle habituel aux six mois, la lésion se serait étendue considérablement avait d’être détectée. Le manque d’observance thérapeutique a compliqué tout le plan de traitement. Les défaillances des attaches orthodontiques, une hygiène buccodentaire inadéquate et le port irrégulier des élastiques ont chacun miné la trajectoire du traitement. Gérer ces facteurs comportementaux tout en faisant face à une complication chirurgicale a nécessité de réajuster sans cesse les attentes, avec la patiente, la famille et toute l’équipe soignante. La décision de mettre fin au traitement prématurément était justifiée sur le plan clinique. Des appareils orthodontiques fixes en présence d’une importante résorption radiculaire, particulièrement pour les dents dont le pronostic était déjà réservé, auraient pu compromettre davantage les dents qui sont encore fonctionnelles. Accepter un résultat occlusal imparfait en échange de la préservation de la vitalité dentaire est un compromis que les données scientifiques et le jugement clinique viennent tous deux étayer. Conclusion Ce cas soulève un point important pour tout praticien assurant des traitements orthodontiques complexes : la résorption radiculaire observée sur des dents situées en dehors du champ d’action mécanique prévu doit pousser le praticien à chercher une pathologie sous-jacente, et non pas à se contenter de vérifier que les forces exercées restent dans les limites normales. Des examens radiographiques réguliers, l’utilisation facilement justifiée de la TVFC lorsque l’imagerie conventionnelle n’est pas concluante, ainsi que l’envoi rapide du patient chez un chirurgien buccal et maxillofacial constituent les moyens permettant une intervention précoce, avant qu’une lésion traitable ne se transforme en complication irréversible. De même, ce cas illustre la valeur d’un calendrier structuré de rendez-vous de contrôle pour les patients à risques élevés. Les rendez-vous trimestriels pour les soins d’hygiène buccodentaire qui étaient en place pour contrôler l’observance du traitement et les caries ont permis de détecter le kyste en formation avant qu’il ne cause davantage de torts. Pour les cas complexes en orthodontie, la fréquence des rendez-vous de contrôle n’a pas à voir seulement avec l’hygiène buccodentaire. C’est aussi une stratégie de surveillance. Le succès d’un traitement orthodontique ne se mesure pas toujours par l’occlusion atteinte. Parfois, il se mesure par les dents préservées. La présentation clinique du cas à l’étude – un gonflement buccal important, douloureux et fluctuant découvert lors d’un rendez-vous de contrôle – rappelle qu’une pathologie odontogène est souvent mise au jour dans le fauteuil d’un dentiste généraliste et non pas aux urgences. 33 Numéro 4 | 2026 | Pratico-pratique

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