La durabilité des appareils intra-buccaux pour le traitement du ronflement et de l’apnée du sommeil

David W. Tyler, B.Sc., BDS, PhD •

© J Can Dent Assoc 2000; 66:484-5


Les appareils dentaires pour le traitement du ronflement et de l’apnée du sommeil sont activement publicisés dans les séminaires, les envois de laboratoire et les publications spécialisées. On encourage les praticiens généralistes à utiliser ces appareils dans leur cabinet. Les patients et les professions den taires et médicales trouvent ces appareils commodes et faciles à fa briquer. Aussi, la chirurgie palatine ou l’utilisation d’appareils encombrants de ventilation spontanée en pression positive continue peuvent être évitées.

Dans mon cabinet, je me suis heurté à de graves problèmes avec deux de ces appareils dentaires à cause de bris ou d’anomalies que les tensions du bruxisme et les forces musculaires en jeu provoquaient quand ces appareils étaient portés la nuit. Dans un cas, l’échec de l’appareil fut critique : le patient s’était réveillé avec un long segment de fil métallique dans le pharynx, ce qui aurait pu mener à de graves conséquences médicales s’il avait été inspiré ou avalé.

Les appareils dentaires devraient être choisis seulement après consultation avec un médecin et, si possible, après avoir dirigé le patient vers un spécialiste en troubles du sommeil. D’habitude, une polysomnographie se fait durant le sommeil nocturne pour mesurer des variables comme les niveaux d’oxygène dans le sang, le rythme respiratoire et les mouvements du patient. Quand les données de base sont ainsi recueillies, il est possible de choisir le bon appareil et de mesurer son efficacité lors d’une étude du sommeil subséquente. Les appareils dentaires sont plus indiqués pour les patients atteints d’une apnée du sommeil légère à modérée, mais ils risquent de ne pas toujours réussir.

Plusieurs appareils intra-buccaux existent, et les directives et renseignements quant à leur utilisation sont mis à la disposition de tous1-3. Au Canada, deux appareils sont activement publicisés — le Klearway, conçu par Lowe, et le Silencer, conçu par Halstrom. Les deux appareils améliorent l’ouverture des voies respiratoires et réduisent voire éliminent le ronflement et l’apnée en ravançant la mandibule, ce qui tire la langue vers l’avant et modifie la configuration de l’oropharynx. Les deux appareils sont fabriqués par les Laboratoires Aurum.

La principale caractéristique de l’appareil Klearway consiste en une série de fils qui longent le palais et qui sont reliés à une vis d’expansion située au palais. Le clinicien ajuste d’ordinaire l’ap pareil à 60 % de la propulsion mandibulaire maximale en se servant d’une procédure d’enregistrement occlusal. L’appareil a deux gouttières en résine thermoplastique transparente compa rables aux protecteurs buccaux utilisés pour le traitement du bruxisme et à ceux utilisés dans les sports. Les gouttières sont interreliées par des fils palatins. Quand l’appareil est chauffé dans de l’eau chaude puis inséré, la mandibule est avancée, et le patient devrait noter une réduction immédiate des troubles du sommeil. On instruit toujours le patient quant à la manière d’insérer et d’enlever l’appareil, ainsi que d’ouvrir la vis d’expansion avec une clé pour que la mandibule soit avancée à un rythme de 0,25 mm deux fois par semaine jusqu’à ce que les symptômes (p. ex., le ronflement la nuit et la somnolence le jour) soient soulagés.

Dans plusieurs cas, on a signalé du côté lingual des molaires supérieures des fissures sur la gouttière du haut. Les raisons en seraient peut-être que les fils qui s’y trouvent ancrés sont sujets aux forces exercées par les patients quand ils essaient de grincer des dents ou que, tout simplement, la mandibule a tendance à se rétracter contre les forces de propulsion. Les fissures peuvent être réparées par le laboratoire qui renforcera la partie affectée de fils croisés et l’épaissira de résine. Ce travail de réparation peut créer des frustrations si le patient habite en dehors de la ville et que quelques jours s’écoulent avant de pouvoir réutiliser l’appareil. Les patients commencent très vite à dépendre de ces appareils car ils se sentent tellement mieux et aussi parce que leur partenaire apprécie la tranquilité.

Un homme d’une quarantaine d’années, à ossature imposante et à musculature forte, portait un appareil Klearway. À cause d’un bruxisme actif, l’appareil développa des fissures. Il fut réparé et redonné au patient. Or, plus tard, le patient signala qu’il s’était réveillé la nuit avec un des fils croisés dans sa gorge. Suite à ces deux incidents, on décida d’arrêter l’utilisation de ce type d’ap pareil. On fabriqua alors au patient un Silencer muni d’une charnière en titane placée dans la région incisive. Cet appareil s’est révélé plus durable, dans ce cas et plusieurs autres, et aucun autre problème n’a été signalé.

Les deux types d’appareil ont été utilisés avec succès chez de nombreux patients. Au départ, les fissures situées sur la gouttière supérieure des appareils Klearway semblaient être associées uniquement à des hommes de forte stature qui se livraient activement au bruxisme; cependant, plus récemment, une femme menue souffrant de bruxisme depuis longtemps produisit le même effet. On a signalé jusqu’à présent un seul cas d’échec de l’appareil avec fils palatins. J’apprécierais recevoir les commentaires d’autres personnes qui se sont heurtées à des problèmes de durabilité. L’appareil Silencer, dont le principal connecteur entre les arches supérieur et inférieur est une tige en titane, semblerait plus durable. Cependant, dans deux cas récents, on a constaté un bris de la tige qui tient la mandibule en propulsion, laissant ainsi le fil dans la plaque de fixation en titane. Cet incident n’a pas mis le patient en danger mais a rendu l’appareil inutile.

En conclusion, les appareils dentaires pour le traitement du ronflement et de l’apnée du sommeil sont conçus pour être utilisés toutes les nuits. Le facteur de durabilité est donc très important. Des forces considérables sont exercées pendant le bruxisme, à cause du serrement des dents et d’autres comportements parafonctionnels. Arrêter d’utiliser ces appareils peut aussi se révéler traumatisant suivant le degré de rétention des symptômes; chaque cas est unique. La plupart des ronfleurs et des personnes souffrant d’apnée sont obèses, âgés dans la quarantaine et souffrent de bruxisme. On recommande aux praticiens d’inspecter avec soin la solidité de tous les appareils avant de les utiliser. Une fois que l’appareil est donné au patient, un programme de rappel régulier devrait être mis en place pour vérifier si l’appareil ne présente aucun défaut. L’efficacité continue de l’appareil de traitement de l’apnée devrait également être contrôlée, en renvoyant le patient voir son médecin.


Le Dr Tyler est directeur de la Division de dentisterie opératoire, Collège de dentisterie, Université de la Saskatchewan. Il exerce également à temps partiel. Courriel : david.tyler@sk.sympatico.ca.  

Les vues exprimées sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement les opinions et les politiques officielles de l’Association dentaire canadienne. L’auteur n’a aucun intérêt financier déclaré dans la ou les sociétés qui fabriquent les produits mentionnés dans cet article.


Références

1. Guidelines on snoring and sleep apnea. College of Dental Surgeons of British Columbia 1996.

2. Information package available from the Sleep Disorders Dental Society, 10592 Perry Hwy., #220 Wexford, PA 15090-9244, USA.

3. Lowe AA. Les appareils buccaux titrables pour le traitement du ronflement et de l’apnée obstructive du sommeil. J Can Dent Assoc 1999; 65:571-4.