Les prothèses dentaires de la collection vont de la porcelaine finement travaillée à des improvisations ingénieuses. L’une a appartenu à Francis Wharton, qui a abattu un chevreuil, en a limé les dents et les a fixées dans de la pâte de bois pour fabriquer sa propre prothèse. « Semble-t-il qu’elle n’était pas très bien ajustée, ce qui fait qu’il l’a peu portée, raconte Rowena McGowan. Mais il a mangé le chevreuil avec ses propres dents. » Prothèse dentaire supérieure fabriquée par Francis Wharton en 1967 à partir de dents de chevreuil taillées et fixées à l’aide de ciment domestique dans une plaque en plastique et bois moulée à son palais. D’autres objets témoignent de l’évolution des matériaux employés en médecine dentaire : un maillet recouvert de feuilles d’or utilisé pour façonner les amalgames, des dents humaines autrefois destinées à la fabrication de prothèses dentaires, et des bases en vulcanite qui ont démocratisé le remplacement des dents en offrant une solution de rechange abordable à l’ivoire et à la porcelaine. La collection fait aussi voir l’évolution de la publicité des produits dentaires. Une bouteille en verre de Rubifoam, un dentifrice liquide rouge vif commercialisé avec l’image d’une petite fille souriante, suscite à la fois un sentiment de familiarité et d’étrangeté aujourd’hui. «À certains égards, cela correspond vraiment à la publicité moderne, trouve Rowena McGowan. On a un chérubin et une brosse à dents sur l’image. Mais le produit lui-même est rouge, ce qui n’est pas vraiment une couleur qu’on associe au nettoyage des dents.» Les dentistes et l’invention de l’anesthésie Pendant des siècles, l’opium était l’un des rares moyens d’atténuer la douleur durant une intervention médicale ou dentaire. Son utilisation à cette fin est mentionnée dans des textes anciens de Mésopotamie, d’Égypte et de Grèce. Avant l’apparition des anesthésiques, l’opium était administré par voie orale ou sous forme de teinture (laudanum) avant une intervention chirurgicale ou une extraction dentaire. Mais l’opium ne rendait pas le patient inconscient ou insensible à la douleur. Au mieux, il lui permettait de supporter l’intervention. En 1844, un dentiste du Connecticut, le Dr Horace Wells, assistait à une démonstration d’utilisation du protoxyde d’azote quand il a remarqué les effets anesthésiants de ce produit.Le lendemain,il s’est lui-même fait extraire une dent sans douleur grâce à ce gaz. Le Dr Wells a alors commencé à l’administrer couramment à ses patients. Deux ans plus tard, un autre dentiste, le Dr William Morton, a fait une démonstration publique d’une anesthésie par éther à l’Hôpital général du Massachusetts.Ce moment est souvent considéré comme la percée qui a convaincu les chirurgiens et les médecins du potentiel de l’anesthésie,mais elle se fondait directement sur les découvertes du Dr Wells. L’adoption sans tarder de cette technique en médecine dentaire a montré que l’anesthésie pouvait être sûre et efficace. 24 | 2026 | Numéro 1 Point de mire
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