Ces changements ont des avantages concrets, comme une réduction des délais, un soulagement rapide de la douleur, et une confiance restaurée pour les patients qui autrement attendraient des mois avant une approbation. L’accès, une question de dignité Dans les régions rurales et nordiques du Manitoba, l’accès à des soins dentaires peut poser des difficultés du point de vue géographique et économique. Le Programme des SSNA couvre les services de prévention, de restauration, de prosthodontie et d’endodontie, une aide qui permet aux patients d’obtenir des soins quand ils en ont le plus besoin. «Ce programme est utile parce qu’il couvre une série de traitements, indique le Dr Leckie. Grâce au financement de ces traitements par le gouvernement fédéral, ce programme fait en sorte que davantage de patients peuvent voir un dentiste. » L’accès n’est pas qu’une affaire de logistique. C’est une question de dignité, de capacité à sourire, à manger sans difficulté, à participer à la vie communautaire avec assurance. «J’ai vu de jeunes adultes se présenter dans ma salle de traitement avec d’importantes caries, raconte-t-il. Après leurs traitements, leur estime de soi s’était visiblement améliorée. » Le Dr Leckie se souvient très bien d’un patient : un garçon de 4 ans qui ne voulait rien savoir du fauteuil dentaire. «En usant de persuasion, nous l’avons convaincu de s’asseoir, se rappelle-t-il. Nous avons échelonné son traitement sur quelques mois pour ne pas trop l’accabler.» Quand le garçon est revenu plus tard avec son jeune frère, la situation avait changé. L’enfant qui était craintif s’est fièrement assis à côté du fauteuil pour tenir la main de son petit frère. «J’ai une belle photo de ce moment sur mon mur et elle me rappelle qu’on peut changer le cours des choses», se réjouit le Dr Leckie. Dissiper les mythes Malgré l’évolution du Programme des SSNA, des idées fausses continuent de circuler chez certains dentistes. «Le plus grand mythe a trait au fait que le programme impose une lourde paperasserie, mais elle a considérablement diminué au cours de mes années de pratique», promet le Dr Leckie. Bien des traitements qui nécessitaient une prédétermination auparavant (au titre de la Nomenclature B) ont été déplacés sous la nomenclature A, ce qui fait qu’ils peuvent être administrés sans délai administratif. Ces malentendus ont des conséquences concrètes. «Des dentistes se font une fausse idée du fonctionnement du programme, et des patients aussi n’en comprennent pas toujours bien les avantages pour eux, déplore-t-il. En expliquant clairement le fonctionnement du programme et les améliorations apportées, nous pouvons le rendre plus efficace et convaincre davantage de dentistes d’y participer. » Le Dr Leckie établit des parallèles entre le Programme des SSNA et le Régime canadien de soins dentaires. Bien que les critères d’admissibilité soient différents, les deux programmes partagent une même philosophie, soit celle de réduire les inégalités dans l’accès aux soins buccodentaires. L’équité en matière de santé buccodentaire passe non seulement par des politiques publiques, mais aussi par des praticiens qui passent à l’action et qui prennent en charge des patients couverts par des programmes comme les SSNA. Rôle du dentiste en faveur de l’équité L’équité en matière de santé buccodentaire ne passe pas seulement par des politiques publiques. Il faut compter sur des praticiens, des dentistes qui passent à l’action et qui prennent en charge des patients couverts par des programmes comme les SSNA. Le Dr Leckie est d’avis qu’il s’agit d’une question à la fois éthique et pratique. «Nous devons considérer le fait que les communautés des Premières Nations et des Inuits connaissent l’une des plus fortes croissances au Canada à l’heure actuelle, rappelle-t-il. «L’exercice de la médecine dentaire, dans l’idéal, a pour but d’améliorer la santé et de restaurer la dignité. C’est ce que nous permet de faire le Programme des SSNA.» Comprendre les inégalités touchant les Autochtones Les disparités en matière de santé buccodentaire auxquelles sont confrontés les Premières Nations et les Inuits ont été largement documentées. Ces populations ont des taux supérieurs de caries de la petite enfance, de lésions carieuses non traitées et de soins préventifs limités par rapport aux allochtones. L’isolement géographique aggrave ces défis, car les patients doivent souvent parcourir des centaines de kilomètres pour obtenir des soins. Des programmes comme les SSNA servent de lien essentiel, mais ils fonctionnent seulement si des professionnels répondent à l’appel. Encourager davantage de dentistes, surtout ceux en début de carrière, à voir des patients couverts par le Programme des SSNA pourrait contribuer à normaliser les soins inclusifs au sein de la profession dentaire dans son ensemble. «Nous devons mieux expliquer ce programme à nos dentistes pour les inciter à y participer, souhaite le Dr Leckie. Il faut en reparler aux jeunes dentistes.» 18 | 2026 | Numéro 1 L’observatoire
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